20 ans. Deux décennies se sont écoulées depuis que l’État d’Israël a évacué unilatéralement ses citoyens du Goush Katif, au sud de la bande de Gaza. Vingt ans après, il ne reste plus de cette « manœuvre historique » que des ruines, des regrets — et des centaines de morts.
Ce qui fut présenté en 2005 comme une manœuvre géopolitique brillante, « destinée à renforcer la sécurité d’Israël », s’est révélé être l’une des plus grandes erreurs stratégiques de l’histoire moderne du pays. Et ceux qui, à l’époque, levaient le doigt pour alerter, marginalisés, conspués, parfois traités de fanatiques, avaient vu juste.

« L’expulsion des implantations – une victoire pour le terrorisme » / photo : Miri Tzahi
Scène d’adieu : un panneau, une vérité
La scène est gravée dans les mémoires de ceux qui y étaient.
À la dernière évacuation de Ganei Tal, après les pleurs, les psaumes, les prières, les discours des soldats — un homme restait debout. Un simple citoyen, un rescapé d’un rêve détruit. Il tenait une pancarte. Format A4. Trois mots écrits dessus : « Le terrorisme a gagné. »
Il n’avait ni micro, ni caméra. Pourtant, en quelques mots, il avait résumé toute l’absurdité de ce retrait.
Le désengagement, au-delà de l’idéologie
Bien avant d’être une déchirure nationale, une trahison politique ou un traumatisme religieux, le désengagement de Gaza posait une question centrale et froide : allait-il améliorer la sécurité d’Israël ou l’aggraver ?
En 2005, la majorité des élites répondaient : il améliorera la sécurité.
La suite ? Les faits leur ont donné tort. Spectaculairement.
Les promesses des décideurs, mot à mot
Ehud Olmert, alors vice-Premier ministre, affirmait à la télévision : « On n’a pas besoin de dizaines de colonies sans avenir pour se défendre. »
Benny Begin, lui, s’inquiétait :
« Les synagogues du Goush Katif deviendront des mosquées utilisées pour inciter au terrorisme. »
Shaoul Mofaz, ministre de la Défense :
« Le niveau du terrorisme va diminuer. Tsahal aura plus de liberté d’action. »
Et enfin, Ariel Sharon, à la veille du retrait :
« Ce plan est bon pour Israël, dans tous les scénarios. Ceux qui continueront à nous combattre affronteront l’armée israélienne dans toute sa puissance. »
Des mots lourds. Des prédictions sûres d’elles-mêmes. Toutes se sont effondrées.
Le test de la réalité : 7 octobre 2023
Vingt ans plus tard, le massacre du 7 octobre est venu sceller le verdict.
Gaza est devenue une base militaire islamiste, dirigée par deux divisions du Hamas, truffée de tunnels, d’arsenaux, de commandos et de stratégies d’infiltration.
L’ancien chef du Commandement Sud, Dan Harel, affirmait encore récemment :
« Oui, nous savions que Gaza deviendrait Hamastan. Mais c’est mieux ainsi. Le mur est solide. »
Depuis, près de 900 soldats sont tombés. Et aucun de ceux qui avaient « tout prévu » ne s’est excusé.
Deux visions, deux destins
Il y avait deux Israëls en 2005 :
Ceux qui voyaient, après le retrait, une Gaza transformée en base terroriste.
Ceux qui espéraient, après le retrait, une Gaza pacifiée, prospère, un modèle régional.Les premiers ont eu raison. Les seconds, tort.
Aucun doute possible. Aucune zone grise.
Le mensonge au cœur du système
Aujourd’hui encore, dès qu’on évoque « la déconnexion » (ou « hitnatkout » en hébreu), on assiste à des contorsions sémantiques : haussement d’épaules, soupirs agacés, relativisation. Comme si tout cela appartenait à une époque révolue.
Mais la vérité est limpide :
Sans le désengagement, le Hamas n’aurait jamais eu une frontière souveraine pour bâtir son arsenal.
Sans les accords d’Oslo, il n’aurait jamais eu une capitale à Gaza pour y régner.Le désengagement a été un multiplicateur de menaces, pas une soupape de sécurité.
Et si la vraie finalité n’était pas sécuritaire ?
Car au fond, la question devient vertigineuse :
Et si le but du désengagement n’avait jamais été d’améliorer la sécurité d’Israël ?
Et si l’objectif — caché, inavoué — avait été de briser un courant politique interne, d’écraser la droite religieuse par la force, sous couvert d’« intérêt national » ?
Comme une opération chirurgicale qui échoue, mais dont certains se félicitent tout de même, car « le patient est mort ».
Deux messianismes face à face
La gauche accuse la droite d’idéalisme messianique. Mais en réalité, deux messianismes se sont affrontés :
1. Le messianisme religieux-national, qui rêvait d’un Goush Katif éternel.
2. Le messianisme libéral-laïque, qui croyait en un retrait synonyme de paix, de start-ups, de plage et de coexistence à la singapourienne.
Les deux ont ignoré la bombe démographique et idéologique que représentait Gaza. Mais seul l’un a imposé son rêve par la force de l’État.
L’argument selon lequel le massacre aurait eu lieu de toute façon est d’une indécence rare.
Il revient à dire ceci : quelqu’un vous vend du chocolat soi-disant sans calories, vous en gave, et quand vous découvrez que vous avez pris cinq kilos, il vous répond :
« De toute façon, tu aurais grossi avec du chocolat normal. »
Et maintenant ? L’autopsie du mythe
Les derniers défenseurs du retrait tentent une dernière pirouette intellectuelle :
1. « On aurait pu gérer Gaza autrement. »
Faux. Le retrait a été l’élément déclencheur de la victoire électorale du Hamas en 2006, et du coup de force de 2007.
2. « Le massacre du 7 octobre aurait eu lieu de toute façon. »
Absurde. C’est comme vendre un chocolat soi-disant sans calories, puis s’étonner que l’on grossisse.
Le désengagement devait améliorer la sécurité. Il ne l’a pas fait.
Donc il a échoué. Massivement.
Leçon d’Histoire : écouter ceux qu’on a moqués
Vingt ans après, le seul panneau qui reste en mémoire est celui de ce résident de Ganei Tal :
« Le terrorisme a gagné. »
Il ne faisait pas de politique. Il ne cherchait pas la gloire.
Il constatait simplement ce que des centaines de morts plus tard, l’Histoire a confirmé.
Sarah Ben – Fondatrice de trouver en Israël
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C’est juste. Rien à ajouter.