Par Sarah Ben – Trouver en Israël
Je n’étais pas censée rester longtemps.
C’était une visite de routine, pour un proche hospitalisé.
Le genre de moment où tu marches dans les couloirs sans regarder les visages, juste le numéro de la chambre.Mais à la sortie, en repassant devant la salle d’attente, un homme m’a demandé l’heure.
Il avait un bandage au bras, un petit sac de plastique à ses pieds, et des yeux qui semblaient connaître plus que ce qu’ils disaient.
Je lui ai répondu, puis j’ai demandé s’il attendait quelqu’un.
Il m’a souri.— Non, j’ai juste besoin de rester un peu là. J’ai appris une nouvelle qui m’a scié.
J’ai failli repartir. Mais il avait cette voix…
Une voix comme un fil qui t’empêche de tourner le dos.Il m’a dit :
— Tu as entendu pour les deux jeunes tués à Washington ? Devant un musée ?
J’ai haussé les épaules. Non, pas vraiment.Alors il m’a raconté.
“Ils s’appelaient Sarah et Yaron.
Ils ne faisaient pas de politique.
Ils sortaient d’un musée, un soir tranquille.
Un homme les a vus. Il a crié Free Palestine, puis il a tiré.
Ce n’était pas un acte de guerre.
C’était juste deux vies, deux noms, effacés.”Je n’ai pas su quoi répondre. Mon silence pesait. Il l’a senti.
Dans ma tête, une prière muette s’élevait, comme un cri sans voix vers le Maître du monde.Il a soupiré, le regard un peu flou.
— Je crois qu’on s’habitue. C’est ça le plus terrible. Ce n’est même plus la haine. C’est l’habitude.Puis il s’est levé.
— On n’a pas besoin d’être des héros pour refuser ça. Juste de rester vivants à l’intérieur.Et il est parti. Sans attendre de réponse.
Pas une morale. Pas un appel.
Juste une douleur posée là, comme un caillou.Depuis ce jour, je repense à lui.
À ces deux jeunes qu’il m’a nommés.
À ce musée devenu tombe.
Et surtout à cette phrase :“Ce n’est même plus la haine. C’est l’habitude.”
Et c’est justement ça, le danger.
Pas le cri. Pas le sang. Pas même le meurtrier.
C’est cette fatigue de l’âme qu’on veut nous imposer.
Cette normalisation de l’horreur.
Ce poison diffus qui entre par les slogans, les médias, les campus, les réseaux, les bulletins de vote, les commentaires, les murmures.On veut nous user.
Nous faire croire que notre douleur dérange.
Que notre existence est en trop.
Que notre peuple devrait se faire plus discret.Mais l’histoire juive ne se plie pas.
Elle saigne, oui.
Elle tombe, parfois.
Mais elle ne courbe jamais la tête devant ceux qui crient “Allah Akbar” pour justifier une balle, un couteau, une bombe.
Devant ceux qui déguisent la haine en slogan.Nous sommes là.
Debout.
Encore.
Et ce n’est pas une question de politique.
C’est une question d’âme.Et même si le monde détourne le regard,
même si nos morts ne font pas les gros titres,
le Maître du monde, Lui, ne détourne pas.
Il veille. Il compte. Il tient.Alors à toi qui lis ces lignes :
N’aie pas honte de ton peuple.
N’aie pas peur d’aimer ton identité.
Sois un feu. Sois un roc. Sois un témoin.On ne peut peut-être pas empêcher tous les coups.
Mais on peut empêcher qu’ils nous vident de notre lumière.Que leur âme repose en paix, avec tous les tzadikim. Que leur âme repose en paix.
🇮🇱 Am Israel Haï 🇮🇱
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